• Entretien: Diane Kurys - Ma Mère est folle

    Diane Kurys est réalisatrice et scénariste. Elle a aussi été actrice jusqu'en 1977, année pendant laquelle elle a réalisé son premier film: "Diabolo menthe". Suivront treize autres dont "Coup de foudre" en 1983, nommé aux César et aux Oscars comme meilleur film. 
    C'est à Bruxelles que j'ai rencontré Diane Kurys pour parler de son dernier opus: "Ma Mère est folle".

    Pourquoi "Ma Mère est folle" ?

    Quelle réponse puis-je faire ? Cela faisait un bout de temps que j'avais envie de faire un sujet sur les mères et les fils. Moi, j'ai un fils et je trouve que ce n'est pas souvent traité au cinéma. Si on réfléchit, il y a "Mommy", "Le Souffle au coeur", deux films très différents. Et je me situe au milieu avec une comédie qui fait un peu pleurer. Ce n'est pas moi qui l'ai écrit mais j'ai pu me laisser aller en dirigeant le film.
    Au départ, c'est mon fils (NDLA: Sacha Sperling) qui a eu l'idée. Il écrivait un film sur une mère et son fils, j'ai dit formidable ! On a parlé d'un road-movie puisque l'on faisait beaucoup de voyages en voiture. Quand il a eu fini d'écrire avec son coscénariste,  c'était un film léger, rigolo. Moi, j'y ai mis l'aspect dramatique.

    Diane Kurys

    Avez-vous pensé tout de suite à Fanny Ardant ?

    Non, quand ils m'ont donné le scénario, ils avaient pensé à d'autres personnes. Fanny, elle est venue à mon esprit parce que c'est une de mes amies et que cela faisait longtemps que l'on voulait tourner ensemble. Je lui avais déjà proposé des rôles, elles les avaient tous refusés. Cette fois-ci, quand elle a lu le scénario, elle a tout de suite dit: "j'adore cette femme, elle me ressemble, je l'aime, je l'aime, je la vois, j'ai envie." Moi, un acteur qui me dit j'ai envie, cela me donne envie.

    Donc, c'est votre première collaboration ?

    Oui, elle a déjà joué dans des comédies mais on la voit plus souvent dans des drames. En fait, je pense que c'est une formidable actrice de comédie. On la voit comme une espèce de grande bourgeoise alors qu'elle adore rire et faire rire. Elle est très marrante, elle est très clown dans la vie.
    Fanny a énormément de métier, elle a tout joué. Elle a envie de s'amuser. C'était très agréable de tourner avec elle. Elle s'est beaucoup amusée à se faire une tête avec des cheveux blancs, à mettre un perfecto en cuir et tout le reste. Elle a adoré ça et on a adoré s'amuser ensemble.

    Vianney ?

    C'est une vraie découverte. Je pressentais que c'était un acteur, qu'il n'y aurait pas de difficultés pour lui à jouer le rôle du fils. Je n'avais pas pensé à lui au départ, en fait, Fanny l'avait vu à la télé, elle le trouvait intéressant, charismatique, à l'aise. Donc je me suis dit que j'allais lui proposer le rôle. Cela a été un peu compliqué parce qu'il était en tournée. On a réussi à se coordonner et quand il s'est retrouvé sur le plateau, c'était super.

    Il y a aussi Patrick Chesnais.

    Quand il a lu le scénario, il a accepté ce personnage improbable, ancien amant devenu gay. Patrick a été formidable, elle lui a donné de la vérité, c'était pas évident. Et Quentin Minon, un acteur belge, qui joue son jeune amant, il est très bien. Cela a collé tout de suite entre les deux, pourtant, il a une sacrée différence d'âge mais c'est l'intelligence des acteurs qui rend crédible cette association.

    D'autres projets ?

    Pas vraiment. Je n'ai pas envie d'être tout le temps le nez sur le guidon. Pour raconter des histoires, il faut les vivre. Donc, je laisse un espace entre mes films.

    Depuis 1977 et  "Diabolo menthe", vous n'avez pas arrêté, que vous dites-vous en vous retournant sur cette vie ?

    J'ai l'impression d'avoir enfoncé le même clou. Un peu plus profond, différemment mais de ne pas avoir trop perdu la personne que j'étais quand j'ai fait "Diabolo menthe". J'ai évolué, j'ai vieilli, j'ai eu des moments de vie différents. J'ai fait beaucoup de films sur ma famille, la famille a disparu. En même temps, j'ai l'impression d'avoir creusé mon petit sillon, ma petite trace. C'est en livrant une partie de soi qu'on arrive à toucher les gens.

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