Voilà ce que j'écrivais lors de la sortie du film en Belgique, le 27 septembre dernier. Avec "Faute d'amour", Andrey Zvyagintsev a remporté le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes. Ce n'est que mérité pour son cinquième long métrage, trois ans après l'excellent "Léviathan" , couronné également sur la Croisette par le Prix du scénario.
Le cinéaste russe opère une nouvelle fois, sous nos yeux, le corps plus qu'abîmé de la Russie contemporaine. Cela à vif. Objet de l'opération, cette fois : le couple, en fait deux individualistes et plus largement deux citoyens égocentriques au pays de Poutine. Constat glacé, glaçant que Zvyagintsev illustre en s'appuyant sur un fait divers: la disparition d'un enfant, élément dramatique lui permettant de tisser une histoire ne laissant aucune issue, ni à ses deux personnages ni au spectateur. On est littéralement happés pendant les 125 minutes du film et à la fin, on ne sort pas indemne. Avec comme constat: l'égoïsme fait des ravages aussi en Russie que l'on aurait pu croire épargnée. Puisque qu'il y à peine vingt-cinq ans, l'Union Soviétique existait encore et anesthésiait la moitié du continent européen. Mais non, la société de consommation, la mondialisation a rattrapé rapidement et pas de la plus belle des manières la société russe.
Je voudrais aussi parler de la réalisation. A nouveau comme dans les autres films de Zvyagintsev, impeccable avec de longs plans permettant à la situation de se déployer. Et les acteurs de se mouvoir comme des poissons dans l'eau dans ce cadre, en interprétant leurs rôles de belle manière. Un vrai régal cinématographique !